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Le Musée de la résistance et de la déportation de Forges-les-Eaux : indispensable et méconnu

Dernière mise à jour 06/11/2016
Un émetteur radio vers Londres

Culture. A quelques pas de l’hôtel de ville de Forges-les-Eaux, un ancien bâtiment agricole abrite des milliers d’objets authentiques, ou quelquefois reproductions de documents, témoignant d’une époque qui vit des Français, des Normands, faire preuve du plus grand courage, tous cheminements personnels, tendances politiques, milieux sociaux confondus. Le Musée de la résistance et de la déportation de Forges-les-Eaux est ouvert ici depuis trente ans, géré par l’ADSRD (Association Départementale du Souvenir de la Résistance et de la Déportation) depuis 2000. « Ce local sur deux niveaux, reconditionné par l’association « Lève-toi et marche », appartient à la Ville de Forges », rappelle Pierre Berenguer, président de l’ADSRD depuis 2004. « Avec Madeleine et Guy Cressent, nous sommes encore trois membres fondateurs à poursuivre notre mission. »

Honneur aux pilotes

Particulièrement à destination des grands écoliers et des collégiens, le Musée rassemble, en son rez-de-chaussée, armes, uniformes, affiches et panneaux explicatifs de la tragédie, à partir de l’accession d’Hitler au pouvoir. Au fil de la visite, apparaissent des grands noms de la résistance normande et des hauts lieux de combats en actuelle Seine-Maritime : Michel Hollard (dont les renseignements recueillis en Normandie ont permis aux Alliés d’identifier les rampes de lancements de V1), l’héroïque « chasseur de V1 » Jean Maridor, fils de petits commerçants du Havre-Graville sacrifié aux commandes de son Spitfire, les raids de Bruneval puis de Dieppe, les pilotes normands de Normandie-Niemen Yves Bizien et Marcel Lefèvre, morts au combat.

Pierre Berenguer, ancien de l’Armée de l’air, pose un regard particulier sur les pièces du Spitfire du Polonais Olgierd Ilinski, tombé en août 1943 à Maulévrier-Sainte-Gertrude, et sur l’impressionnant moteur Rolls Royce Merlin du « Spit » d’un autre pilote disparu au combat : le Français Libre Jacques-Henri Schloesing, abattu le 26 août 1944 à Beauvoir-en-Lyons, où il repose au pied de l’église du village.

Le matricule 186140

L’étage du Musée est consacré à la résistance et à la déportation, selon le même schéma.  Un coffret transparent abrite notamment le fragment de peau marqué du tatouage du déporté Pierre Nivromont, le numéro 186140 d’Auschwitz, transféré ensuite à Buchenwald. Survivant de l’enfer, Pierre Nivromont, devenu vétérinaire à Pavilly, s’est tu pendant quarante années. Il a ensuite commencé à témoigner, et a fait don de ce fragment de peau au Musée de la résistance et de la déportation, qui l’a donc reçu après sa mort le 1er février 2003. Ainsi, le résistant déporté dit encore aux visiteurs : « C’était cela. » Cela : l’horreur totalitaire, dans sa déclinaison nazie.

D’autres objets témoignent : les tenues rayées de grandes dames d’origines pourtant différentes : Béatrix de Toulouse-Lautrec, Suzanne Savale et Marie-Thérèse Fainstein, présidente d’honneur du Musée, disparue en décembre 2013.

Collection d’objets sans « animation muséale », estimeront certains, le Musée et ses groupes de visiteurs bénéficient toutefois des judicieux commentaires de Line, employée à mi-temps. C’est ainsi que depuis trente ans, l’institution gérée par l’association présidée par Pierre Berenguer contribue à perpétuer la mémoire de femmes et d’hommes n’ayant jamais renoncé. Contribution précieuse. En effet, les mémoriaux et musées consacrés à la Seconde guerre mondiale sont peu nombreux en Seine-Maritime, contrairement au Calvados et à son extraordinaire collection de lieux. En ce nord de la Normandie, seuls le Musée de la résistance et de la déportation, la collection du château du Taillis près de Duclair, le mémorial du 19 août 1942 à Dieppe et le site de lancement de V1 d’Ardouval-Val Ygot permettent de ne pas oublier les années d’horreur et quelquefois de lumière. Dans l’Eure, le musée de Tosny et celui de Manneville-sur-Risle remplissent ce rôle.

Derrière le moteur du Spitfire de Jacques-Henri Schloesing, Pierre Berenguer et son épouse, gardiens locaux de la mémoire

Appel aux « profs » d’histoire

« Grâce à l’hébergement, avec électricité et chauffage, par la Ville de Forges, grâce à la subvention annuelle par la municipalité, aux entrées, aux cotisations des adhérents, nous sommes à l’équilibre, indique Pierre Berenguer. Il nous reste à payer l’assurance et le salaire de notre employée, mais bien sûr, nous ne pouvons pas acquérir de nouvelles pièces.»

Le président regrette surtout la quasi absence de groupes de collégiens : « Depuis quatre ans, pas un seul. Avec le secondaire, les organisations de visites scolaires sont plus difficiles qu’avec les écoles primaires. Je ne comprends pas… » 2016 devrait être « une bonne année » pour le valeureux musée forgion, avec un total de 2000 visiteurs, dont certains demeurent sur place deux heures ou plus. Mais pas de collégiens hélas. Qu’en pensent les enseignants d’histoire ?

François Henriot

http://www.musee-resistance-deportation-forgesleseaux.fr

Tenue de déportée de la résistante darnétalaise Suzanne Savale