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Le Havre sous toutes ses facettes

Dernière mise à jour 02/07/2017

Culture. La publication Etudes Normandes désormais transformée en une attrayante revue, vendue en librairie consacre son n° 2 à la ville Havre, sujet d’actualité s’il en est avec son 500e anniversaire et, accessoirement, son maire devenue 1er ministre.

De ce dernier il n’est pas question dans l’ouvrage qui traite du Havre sous toutes les coutures : l’histoire est au programme mais aussi des réflexions sur sa vocation maritime, sur son architecture bien entendu, sur la peinture impressionniste qui y a pris son essor au 19e siècle. Les récits sont faits le plus souvent par des professeurs qui ont laissé le vocabulaire ésotérique au vestiaire. Petit tour d’horizon d’un portrait en pied.

Une histoire très bousculée

Bruno Lecoquierre géographe à l’université du Havre Normandie dans son chapitre Le Havre ville de plein vent, ne pense pas simplement aux bourrasques du grand large mais à une ville que l’histoire a bousculée. Ville doublement nouvelle construite sous François 1er en 1517 mais reconstruite en 1950 par Auguste Perret architecte qui voulait faire « du nouveau et du raisonnable ». Ses lignes rigoureuses furent ensuite animées par Oscar Niemeyer qui construisit le théâtre ou Volcan, la ligne courbe rompait la ligne droite (1978 – 1982). Autre espace sans cesse en construction et en évolution, celui du port avec Port 2000 qui bénéficia de la première démarche du débat public de même que la réserve naturelle nationale de l’estuaire de la Seine.

Port 2000 prêt pour le futur

Paul Scherrer ingénieur général des Ponts et Chaussées ancien directeur général du Grand Port Maritime du Havre se charge lui de brosser l’histoire portuaire. « La force du Havre lui vient des conditions naturelles grâce à son accessibilité nautique et hydraulique, à savoir sa capacité à pouvoir traiter en une seule marée un grand nombre de navires » écrit-il. Et de rappeler que lors de la construction de Port 2000 les porte-conteneurs avaient une capacité de 9.000 EVP et un tirant d’eau de 14,5 m, ils ont maintenant une capacité supérieure à 19.000 EVP et un tirant d’eau de 16 m et Port 2000 les accueille toujours.

Quant à la desserte multimodale elle souffre peut être d’avoir été très avance puisque la ligne de chemin de fer Paris – Le Havre a été mise en service dès 1847 mais le nouveau terminal multimodal a commencé à être vraiment opérationnel. L’activité portuaire ce sont 22% des emplois du Havre et 42% de la valeur ajoutée de la zone

Bien plus qu’une ville maritime

Eric Saunier, auteur du livre Histoire du Havre aux éditions Privat montre que le Havre c’est bien plus qu’une ville maritime : « la création du Havre doit autant à la volonté de François 1er de développer un grand port maritime international qu’aux contingences imposées par l’évolution économique et démographique de la pointe de Caux depuis le XIIIème siècle. L’émergence d’un véritable bassin commercial dans cet espace de prospérité rendait inéluctable la naissance d’une ville… Dès le XVIe siècle Le Havre avait 6.000 habitants ». L’auteur analyse les limites de la « maritimité ».

Pour l’auteur Le Havre fut beaucoup moins atlantique que Nantes ou Bordeaux, notamment en matière de traite des noirs, de plus la ville ne connut pas une grande ouverture religieuse ce qui est le propre des villes atlantiques. Le catholicisme y régna en maître, condamnant juifs et protestants à la portion congrue. En opposition aux autres villes maritimes Le Havre sera une ville légaliste, une ville bleue aussi méfiante envers le conservatisme qu’envers la Révolution. Un comportement bien normand en quelque sorte.

La pause impressionniste

Dans Le Havre berceau de l’impressionnisme, Annette Haudiquet conservatrice en chef, directrice du MuMa montre que c’est Turner qui a su découvrir les lumières et les charmes du Havre, « La Seine devient pour Turner une source féconde d’inspiration autant par son caractère pittoresque que comme terrain d’étude du monde contemporain », puis ce sera Corot qui viendra. Enfin la bourgeoise locale crée en 1839 une société pour l’encouragement des arts et des artistes et en1851 ce sera la ville qui instaurera une bourse destinée à aider les plus méritants à compléter leur formation initiale à Paris. Boudin sera le premier à en profiter il amènera au Havre des amis qui se nomment Monet, Courbet, Jongkind…Un musée se crée qui s’enrichira peu à peu

Des éloges et des regrets

Alain Brocard architecte du Havre de 1962 à 2012, créateur de l’agence d’architecture « Ateliers 6.24 », l’homme a vécu 40 ans au Havre et s’autorise en architecte éloge et critiques : éloges sur le tracé simple, les axes lisibles, le sage respect de l’ancienne cité, mise en place des édifices publics là où ils se trouvaient avant la guerre. Parmi ses regrets le refus par les  pouvoirs publics après 1945 de la conception technique souhaitée par Perret qui envisageait un étage souterrain pour la circulation de tous les réseaux, des égouts et des camions poubelles (un peu comme ce qui existe à la Défense), il regrette aussi que les bords de bassin et les bords de mer soient plus consacrés à la circulation qu’aux habitations mais il s’agit maintenant d’encourager une expansion architecturale maîtrisée. Il s’agit d’alimenter l’inachèvement de la ville avec peut être un développement polycentrique ?

La culture par tous les bouts

L’Université populaire du Havre, menée en partenariat entre le Volcan et l’université, est une singularité de la ville, les thèmes abordés sont éclectiques et la fréquentation moyenne de l’ordre de 150 personnes.

Balade épistolaire proposée par Sonia Anton maître de conférences en littérature française à l’université du Havre, correspondance imaginaire entre un oncle en Amérique et son neveu au Havre extraite de l’ouvrage Le galet et la crevette

Regards croisés nous entraîne dans une analyse du comportement des G.I durant la guerre, face à la mort. Quel degré d’inquiétude face à la mort ? Une prise de conscience qui aboutit au refus de combattre un texte émouvant et troublant d’Antonin Dehays Dr en histoire contemporaine à l’université du Maryland (E.U.). Un livre a été publié sur le sujet Combattre et mourir et Normandie aux éditions Orep.

Au-delà du Havre …la Normandie

Bourgs et petites villes en Normandie : des laboratoires pour l’avenir par Pierre Bergel professeur de géographie sociale et urbaine et Quentin Brouard-Sala doctorant en géographie université de Caen.

La densité élevée des bourgs et petites villes est une des originalités de la Normandie, c’est dans les départements du Calvados, de la Manche et l’Orne que le phénomène est le plus marqué. Ce qui a pu sembler un temps comme un retard dans l’évolution vers des regroupements centrés sur les métropoles, apparaît maintenant comme un atout dans une forme de civilisation où prime la protection de l’environnement. La petite ville devient le lieu idéal pour la consommation en circuits courts et le développement de l’emploi sur de tels sites favorise l’amélioration du bilan carbone. Les petits bourgs deviennent donc des laboratoires sociaux et économiques afin d’expérimenter un avenir écologiquement acceptable.

L’Economie Sociale et Solidaire tient une place de choix en Normandie qui avec Acome à Mortain dans le sud de la Manche accueille la plus importante coopérative de France. Avec 1.300 collaborateurs, tous associés, depuis 50 ans, elle fabrique des câbles et est devenue leader dans la fibre optique. L’article de Catherine Lillini rapporteur au Ceser de Normandie et Laure Soucaille chargée de mission au Ceser Normandie montre l’importance prise par cette forme de l’économie en plein développement car elle correspond à une approche qui fait passer l’Homme avant la Finance.

Ajoutons à cela une riche bibliographie sur la Normandie dans les livres et on comprendra la richesse et la diversité de ce numéro. (8,90 euros).