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Le Canal Seine Nord refuse de couler et en appelle à Jupiter

Dernière mise à jour 13/07/2017

Collectivités. Un collectif composé de 20 entreprises emblématiques des Hauts de France (Bonduelle, Auchan, La Redoute, Toyota…) de la CCI régionale, du Medef, du Gerif (un lobby des entreprises fluviales) a publié une pleine page de publicité dans Les Echos du 12 juillet 2017 pour affirmer l’importance du projet Canal Seine Nord.

Pour mémoire, lors de sa déclaration de politique générale, le Premier Ministre Edouard Philippe a déclaré : « le temps des très grandes infrastructures de transport doit céder la place à des politiques tournées vers de nouveaux modes de mobilité ». Un choix qui induit une pause dans les grands projets comme les nouvelles lignes de TGV et, on peut le supposer, le Canal Seine Nord. Des Assises de la mobilité sont prévues au cours desquelles les grands projets seront remis à plat.

Une déclaration qui a manifestement ému les Nordistes qui prennent les devants et louent les mérites supposés du Canal Seine Nord.

Sous le titre « Un canal de confiance » le collectif s’adresse à Emmanuel Macron en jouant de la fibre régionale : « Vous êtes issu de la Région des Hauts de France, Monsieur le Président, vous nous connaissez, vous savez qu’on peut nous faire confiance. » Le copinage local serait-il un argument économique ?

Ce qui est flagrant pour Jean-Baptiste Gastinne, vice-président du Conseil Régional en charge des transports et maire adjoint d’Edouard Philippe quand il était le premier magistrat du Havre, c’est « l’inexistence de l’argumentaire ». L’annonce n’aborde aucune action constructive comme aurait pu être le développement de filières céréalières, de circulation des containers… « On est juste dans un rapport de force politique » analyse l’élu.

L’annonce dit qu’elle reconnaît le souci financier « nous comprenons votre souci et votre responsabilité d’équilibrer les comptes publics » et d’apporter quelques étranges arguments pour justifier les 5 milliards d’euros d’investissement que représente ce projet.

« Quel est le coût réel du Canal Seine Nord, si on prend en compte les recettes fiscales d’un chantier aussi colossal ? » argumente le texte ! N’est il pas assez surréaliste de faire miroiter à un gouvernement que sa dépense lui rapportera des impôts. On retrouve toujours la célèbre phrase de Clémenceau, « en France on plante des fonctionnaires, il pousse des impôts ».

Le texte ne manque pas d’évoquer évidemment la diminution de l’effet de serre grâce à la réduction supposée du nombre de camions. Ce pourrait être un argument apte à séduire M. Hulot si le Canal Seine Nord n’avait été analysé par EELV comme « un projet inutile » comme le rappelle le site de ce parti : « le projet Rhin-Rhône a été abandonné, c’est un canal inter-bassin. L’exemple comparable du canal Rhin-Main-Danube inauguré en 1992 nous montre que ce modèle ne fonctionne pas ».

EELV parmi ses suggestions pour remplacer ce canal propose entre autres le développement des ports du Havre et de Gennevilliers, ce que normandiexxl ne cesse de dire et proclamer depuis des années.

Pourquoi investir 5 milliards pour créer une concurrence au Havre avec des bateaux qui iront se faire décharger à Anvers ou Zeebrugge pour que les containers reviennent en région parisienne par la voie fluviale ?  Alors que déchargés au Havre ils pourraient rejoindre aisément l’Ile-de-France si les infrastructures du fret ferroviaire étaient améliorées, ils pourraient la rejoindre par la Seine si l’accès de Port 2000 au fleuve était enfin traité rationnellement…c'est-à-dire que quelques centaines de millions d’euros suffiraient à apporter le même service que les milliards du canal… Edouard Philippe sait parfaitement tout cela, c’est sans doute pour cette raison que la publicité a préféré s’adresser à Emmanuel Macron. Une manière d’appliquer le bon vieux précepte, il vaut mieux s’adresser au bon dieu qu’à ses saints.