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Grand Lieu : les handicapés font la lessive

Dernière mise à jour 21/08/2017
Alain Lecacheleux

Economie. Au Grand Lieu, à Epaignes (Eure) 180 personnes adultes, atteintes de handicaps très divers (physiques ou mentaux), sont hébergées sur 3 sites. Une telle collectivité génère une grande quantité de linge et son directeur Alain Lecacheleux a eu l’idée d’établir une blanchisserie industrielle. Il reconnaît que celle-ci lui avait été soufflée par Jean-Louis Destans quand il était Président du Conseil Départemental.

Ce sont 300.000 euros qui ont été investis dans un vaste bâtiment, « l’argent a été emprunté », précise notre interlocuteur qui a monté pour cette occasion une SASU (Société par actions simplifiée à associé unique). Le bâtiment situé dans la zone d’activité Bellerie, à côté de la Maison d’Accueil Spécialisée (MAS), a été conçu de façon très professionnelle pour optimiser la circulation du linge. Il est équipé de 3 machines à laver professionnelles : une grosse d’une capacité de 72 kilos et deux plus petites de 25 kilos. A cela s’ajoutent des séchoirs, un équipement pour le repassage avec notamment une calendreuse, plieuse pour les draps.

A ce matériel classique s’ajoutent des ordinateurs : toute pièce de linge qui entre est enregistrée via son code s’il existe déjà (cas du linge provenant des collectivités) ou se voit attribuer un flashcode. Après lavage, séchage repassage, ces codes permettent non seulement de réattribuer à chacun son bien mais aussi d’établir automatiquement la facturation.

Le marché : collectivités, entreprises, particuliers

Pour l’instant la blanchisserie traite en moyenne 350 kilos de linge par jour mais l’objectif est d’atteindre 500 kilos / jour. Son activité rayonne jusqu’au Neubourg et même Evreux mais Alain Lecacheleux préfère que « la zone d’activité se limite à une trentaine de kilomètres de façon à garder le lien social » Alors il prospecte collectivités, entreprises et particuliers. Il souligne qu’ « outre des prix compétitifs, les clients font ainsi travailler des handicapés ». Le marché existe mais il est très concurrentiel, du côté de l’hôtellerie et de la restauration les professionnels pratiquent plutôt la location de linge, dans le monde hospitalier, les normes d’hygiène ont contribué à créer un secteur particulier, mais Alain Lecacheleux ne manque ni d’arguments, ni d’idées…

Pour l’instant la blanchisserie emploie 6 personnes dont deux handicapés et l’objectif est d’arriver à 4. A côté de la satisfaction morale que l’on peut tirer de choisir un tel service, lorsque la blanchisserie aura reçu son statut d’Entreprise Adaptée  les entreprises pourront en profiter pour répondre à leurs obligations légales.

Alain Lecacheleux entre la grosse et la petite machine à laver et derrière une pile de  draps

Prochaine étape : la maison de retraite

Faire vivre un organisme médo-social demande des qualités humaines mais aussi des qualités de gestionnaire pour qu’il ne se transforme pas en gouffre financier. C’est apparemment le cas d’Alain Lecacheleux dont nous avons déjà évoqué la dynamique puisqu’il a fait passer depuis son arrivée au Grand Lieu en 2006, le foyer polyvalent, de 40 résidents adultes à un ensemble de 110 adultes. A cet établissement s’est ajouté, dans la zone Bellerie d’Epaignes, la MAS pour 70 personnes. Un ensemble de 180 personnes handicapées accompagnées par 180 salariés. Il a aussi élargi l’action de l’association qui gère le Grand Lieu par la reprise du Service d’Aide à Domicile de Pont-Audemer qui s’occupe de 350 personnes réparties dans 14 communes et emploie 70 employés.

La prochaine étape va être la création d’une résidence pour personnes autonomes qui répond à la loi de 2015 pour l’adaptation de la société au vieillissement. Il s’agit d’une version moderne des foyers-logements avec des appartements du T1 au T3 ayant une architecture originale avec une entrée côté privée et une, côté de la collectivité. Les logements bénéficieront des derniers progrès de la domotique. L’ensemble de 20 logements au départ, offrira la restauration (obligatoire au moins le midi) des animations, un gardiennage et une surveillance médicale.

C’est un projet estimé à 2 millions d’euros qui sera monté avec Siloge et prendra place sur le site des anciens établissements Poulingue. L’ouverture est envisagée pour 2019.

Comme les idées ne manquent pas, notre interlocuteur évoque aussi le développement de l’aide à domicile que va entraîner le vieillissement de la population, la nécessité de créer des systèmes de transports à la demande pour cette population mais en contrepoint du vieillissement il voit aussi la nécessité de mettre sur pied des services de baby-sitting. La seule difficulté dans tout cela est le recrutement du personnel…